Ink of Ages Fiction Prize
Historical & Mythological Short Fiction
World History Encyclopedia's international historical and mythological short story contest
Historical & Mythological Short Fiction
World History Encyclopedia's international historical and mythological short story contest
Mention spéciale 2026
Writinah vient d'obtenir son diplôme en sciences de laboratoire médical, elle adore épier les conversations des autres et est une incorrigible rêveuse. Elle a été sélectionnée pour le 2026 African Writers Prize et sera publiée dans The Kalahari Review en septembre. Quand elle n’est pas en train de sauver des vies dans un laboratoire ou perdue dans des livres, elle trouve du plaisir dans le stylisme et la coiffure.
La couronne qui refusa de s'incliner s’inspire du règne ainsi que du décès de l’Attah Ameh Oboni I, le 16ème roi d’Igala (1946-1956), dont on se souvient pour son attitude de défi face à l’autorité coloniale.
(Relaté par Ukpa, ombre et témoin de l’Attah Ameh Oboni I, roi du territoire Igala, 1945-1956)
I.
Ni dans ce monde, ni dans le suivant. Je m’exprime depuis la jonction entre ces deux mondes. Là où les ancêtres respirent au travers des ombres et où la mémoire refuse de s’éteindre.
Je suis Ukpa. Ombre. Témoin. Fidèle pour toujours.
Et je lui suis fidèle, à mon Attah, Ameh Oboni, seizième roi d’Igala.
J’avais foulé ces couloirs depuis que mon Attah était devenu roi, avant même l’arrivée de la convocation, bien avant que n’arrivent les papiers blancs et leurs cachets noirs tels des vautours à nos portes. Tous les matins depuis dix ans, quand ses pieds nus foulaient les mêmes pierres polies par les pieds de son père. Dix ans à le regarder s’arrêter au temple où des cauris reflétaient la lumière telles des dents dispersées.
Le palais le connaissait aussi bien que la terre connaît la pluie. Les murs s'étaient abreuvés de ses éclats de rire, de ses disputes avec les conseillers venus exposer leurs griefs enrobés dans des noix de kola et des prières. Des enfants du marché avaient l’habitude d’escalader les murs d’enceinte juste pour l’apercevoir nourrir le python sacré enroulé autour de l’Iroko dans la cour centrale. Même le python, aussi ancien que le royaume, redressait sa tête à son approche: un signe de reconnaissance entre lui et son nourricier.
Idah-oko scintillait devant moi tel un palais tissé de fibre royale. Les murs respiraient, soupirant au rythme des noms oubliés de ceux qui avaient rejoint la terre. Le sol m’attirait comme une vieille dette, et mon corps se plia, mon visage enfoncé dans une poussière plus ancienne que la mémoire. Un pleur sortit de ma gorge, moitié sanglot, moitié psalmodie:
"Ogwuwo, attah". Comme si la parole avait attendu, enfouie dans la terre.
Il inclina sa tête, un tonnerre silencieux dans sa voix:
"Ils diront que je suis mort en disgrâce. Mais toi, tu te souviendras".
Je compris alors: les rois ne meurent pas, ils se libèrent de l’emprise du temps. Ils traversent comme les rivières se jettent dans la mer. Et, lié à son ombre par un serment, je devais moi aussi traverser, que ce soit dans un souffle ou en silence.
II.
Ce matin-là, il se tenait devant le miroir, tournant la tête dans un sens puis dans l'autre, ajustant sa coiffe rouge; il me demanda deux fois: "Est-elle bien mise, Ukpa?".
"O kwu ché ínú, Ata mi. Cela vous va très bien, mon roi", murmurai-je. Il était difficile de dire le contraire. La coiffe poussait depuis son crâne, comme de la peau, comme une seconde naissance qui ne faisait plus qu'un avec lui.
Il regarda derrière moi. "Le vent est capricieux aujourd’hui. Il transporte plus que de la poussière."
Je savais ce qu’il voulait dire, bien qu’il ait dissimulé la prophétie sous des mots anodins. Ses lèvres bougèrent alors qu’il fermait ses yeux. Priait-il pour qu’Ogun nous protège des barrières de métal des hommes blancs qui nous avaient convoqués aujourd’hui? Ou chuchotait-il aux ancêtres qui peuplaient chacun de ses silences?
Puis le garçon arriva en faisant du bruit, les joues luisantes de sueur et de joie. Il jeta ses petits bras autour des jambes du roi.
"Revenez à l’heure! Demain c’est le festival Ocho. Nous allons chasser le buffle, Ata!"
Le roi se pencha, toucha le visage humide de son fils, afficha un large sourire et ses yeux devinrent des fentes de lumière. Alors qu’Obaala engageait la Mercedes sur la route rouge, une abeille s’écrasa sur le pare-brise et glissa, ce qui ne laissa qu'un nuage de poussière et une traînée d'ailes. Le roi ne dit rien, mais je vis la contraction de sa bouche.
III.
La résidence du gouverneur général était coincée comme un crapaud pâle parmi les hibiscus, ses fenêtres ne reflétaient rien à part le ciel. Les architectes coloniaux l'avaient construite pour que les hommes semblent minuscules à ses côtés, pour les faire se sentir tout petits sous les arches et insignifiants sous ses chandeliers. Même l’air à l’intérieur avait un parfum d'étrangeté, il sentait la cire à parquet et la peur, les uniformes amidonnés et la rage réprimée.
Le hall était une cage en bois poli où régnait un silence pesant. Les rois étaient assis avec raideur tels des statues sculptées, leur couronne abaissée, leurs yeux rivés au sol. Je reconnus des visages connus depuis l’enfance: l’émir de Kano, dont le grand-père avait un jour partagé un verre de vin de palme avec le mien; le chef d’Ife, qui envoyait encore à mon roi des cauris bénits à Ile-Ife, à chaque nouvelle lune. Aujourd’hui, ils sont assis comme des écoliers qui attendent leur punition, leur autorité ancestrale amassée à leurs pieds comme de la peau morte.
Des courtisans serraient leurs lèvres si fort, qu'ils auraient pu en saigner, pensai-je. L’Attah arriva en dernier. Sa présence rendit l’atmosphère pesante. Un silence étouffant et oppressant s'abattit sur nous.
En cet instant, je n’étais plus fait de chair. J'étais l’abîme entre les battements de son cœur et le sol, le rythme de ses pas, le témoin caché dans son ombre.
Une voix résonna, cérémonieuse et bien rodée:
"Longue vie à la reine! Vous, rois traditionnels du Nigeria, pouvez désormais retirer vos coiffes et vous incliner".
La poussière resta bloquée dans ma gorge, et je ne parvenais pas à m’en débarrasser. S’incliner était tabou, une insulte, une blessure. Retirer sa coiffe était une profanation. Un roi ne se découvrait jamais devant quiconque sauf devant son Dieu, jamais à la vue d’étrangers. Les rois en étaient conscients. Nous le savions tous. Et pourtant, un par un, ils s’inclinèrent, comme des petites vagues qui se jettent dans le fleuve de la capitulation.
Tous sauf lui. Il ne sourcilla pas. Il était assis, immobile comme un Iroko sous l’harmattan sec, sa coiffe vissée sur son crâne. Son corps défiait l’ordre: Viens. Ose me mettre à l'épreuve.
Le roi coiffé de rouge se pencha en avant, les yeux perçants, la mâchoire serrée.
La parole fusa comme le fer qui frappe la pierre, un son qui coupa le hall en deux. "Incline-toi."
À ce moment-là, sa langue jaillit, aussi rapide que celle d’un lézard, tandis que son visage se déformait pour prendre une autre apparence, presque bestiale. Je vis Ene, la hyène enveloppée dans des vêtements humains, le traître qui rit avec vous tout en creusant votre tombe.
La reine pencha sa tête. "Dites-moi, quelle obstination est-ce donc?"
Le silence s’intensifia. Je perdis l’équilibre, comme si la terre se reposait sur nous. Mon Attah ne bougea pas. Son silence était plus assourdissant qu’un cri. Il portait le silence comme d'autres portent une couronne: lourd, éblouissant, dangereux.
La reine plissa les yeux, aussi tranchants que des rasoirs dissimulés dans de la soie. "Qui êtes-vous, demanda-t-elle de sa voix douce et tranchante, pour me défier?"
Quelqu'un bougea d’un pied sur l’autre et quelques tintements de colliers se firent entendre.
Puis la main de la reine se dressa, les doigts recourbés comme des serres. "La séance est levée." Une phrase, froide et inflexible, qui fendit l’air. La pièce se vida, les rois se précipitèrent dehors, leurs murmures claquant tels des balais dans le vent harmattan sec.
"Toujours aussi têtu, Ameh", dit un roi.
"Dois-tu persister dans cette folie? siffla un autre. S’incliner maintenant ou dire au revoir à ton trône en Igala. Nous devrions en nommer un autre à ta place."
Toutefois son regard ne rencontra que celui de son ami, l’Oba du Bénin. "Reste en dehors", murmura-t-il. L’Oba obéit, s'attardant dans la cour, comme s'il avait compris quelque chose de tacite.
IV.
Lorsque la reine revint, une odeur de roses et d’acier la suivait. Cependant, je pouvais presque sentir la tension qui flottait dans l’air. Cela empestait les respirations des personnes, piégées dans des gorges qui avaient refusé de les laisser sortir.
"Inclinez-vous tous!", aboya le roi coiffé de rouge.
Mon Attah hésita. Sa main, lente et délibérée, effleura sa coiffe comme s'il allait céder. Tous les regards étaient tournés vers lui. Le hall lui-même semblait dans l’attente.
La coiffe se fendit comme une calebasse jetée violemment contre la pierre.
Et puis cela se produisit.
La reine cria. Sa couronne roula bruyamment sur le sol.
Des abeilles jaillirent. Une frénésie noire et or, comme si toutes les ruches de la forêt s'étaient déversées en cet instant. Elles se regroupèrent d'abord en masse, pleines de détermination, avant de s'abattre sur la salle comme un jugement, s'accrochant aux lèvres, aux yeux et même aux langues.
Et au milieu de cette folie, mon Attah riait. Au début un grondement, puis un rugissement, aussi enivrant que le vin de palme frais. Deux gardes s’emparèrent de lui et lui passèrent des menottes en fer sur ses poignets. Mais le métal glissa, comme du beurre sur de l’igname chaud.
V.
Ils nous enfermèrent dans une pièce intérieure, avec des portes verrouillées, comme si du fer pouvait retenir un homme dont l’esprit était déjà à moitié ailleurs. Les gardes se tenaient dehors, lances à la main, le visage crispé par la peur, même s'ils faisaient semblant d'être courageux.
L’Attah était assis à même le sol. Il ne me parla pas, il articulait uniquement des mots anciens en silence, des mots qui avaient guidé les rois précédents. La pièce se réchauffa et l’atmosphère devint étouffante. J'avais l'impression que ma poitrine allait exploser.
Puis je vis ce que mes yeux ne pouvaient pas croire. Son corps ne ressemblait plus à celui d’aucun homme. Il se dissipa sous mes yeux, comme si de la fumée s'était engouffrée en lui. Il nous quittait, grain par grain, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une odeur de miel et de feu.
Quand ils ouvrirent les portes à l’aube, il n’y avait plus rien à voir. Plus de roi. Plus d’ombre. Seulement une pièce vide.
Néanmoins avant cet instant, il se tourna une fois vers moi. Sa voix était faible, comme la dernière lueur d’une lampe à huile.
"Ils parleront de disgrâce. Mais toi, tu sauras. Dis-leur que la couronne a refusé de s’incliner."
Plus tard, sous l’acajou de Dekina, il choisit la manière dont il allait mourir. Pas la leur. La sienne.
Sa respiration faiblissait, pourtant il parlait de demain:
"L’Igala se dispersera comme des graines dans un vent sec. L’unité disparaîtra comme l’eau d’un pot fêlé. Ceux qui renverseront leur roi seront maudits jusqu’aux os. La terre n’oubliera pas".
Ils l’enterrèrent trois jours plus tard, et moi avec. Lorsque le roi meurt, son ombre doit le suivre.
Alors que la terre se refermait sur nous, je m’accrochai à une seule vérité:
La couronne avait refusé de s’incliner.
Le roi ne s’était pas agenouillé.
Et moi, Ukpa, ne le quitterais jamais dans ce monde, ni dans le suivant.
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